Partir du lieu avant de partir de l’intrigue

Je pourrais inventer un monastère, lui donner un nom, dessiner ses couloirs, ajouter une crypte, quelques tombeaux et un orage au-dessus. Mais je perdrais la résistance du réel. Un lieu véritable impose sa géographie, son architecture, son histoire et parfois ses contradictions. Pour un auteur de polar, chaque élément devient une question : qui peut voir quoi ? Par où passer ? Où se cacher ? Que se passe-t-il lorsque la nuit tombe ? Le décor cesse d’être une toile de fond. Il entre dans l’intrigue.

Chercher les zones d’ombre

La documentation historique possède une caractéristique merveilleuse pour un romancier : elle ne répond pas à toutes les questions. Entre les traces archéologiques anciennes et les premières mentions documentaires subsistent des espaces d’incertitude. Pour l’historien, ce sont des problèmes à étudier. Pour le romancier, des portes entrouvertes. Ma règle reste simple : ce qui est documenté reste documenté ; ce qui est incertain peut devenir romanesque ; ce que j’invente demeure de la fiction.

L’histoire officielle est déjà romanesque

Pillages, abandon, pirates, conflits : Sant Pere de Rodes n’a pas besoin qu’on lui invente un passé mouvementé. Chacun de ces mots devient un explosif narratif. Qu’a-t-on pris ? Qu’a-t-on laissé ? Que cherchait-on ? Qu’a-t-on déplacé pour le protéger ? Je ne cherche pas une réponse historique à chaque question, mais l’endroit où une réponse fictive pourrait devenir crédible.

Puis viennent les légendes

Une légende répétée mille fois finit facilement par devenir un « fait » à la mille et unième répétition. Dans un roman, je préfère conserver la distinction. Un personnage peut croire une légende. Un historien peut la réfuter. Un autre peut découvrir un document qui semble la confirmer. Le lecteur se retrouve alors exactement là où je veux l’amener : dans le doute.

Transformer la documentation en indices

Une recherche ne mérite pas nécessairement d’apparaître dans le roman. La question décisive est : cette information change-t-elle quelque chose à ce qui va arriver ? Si oui, elle entre. Sinon, elle reste dans mes notes. Un détail architectural peut expliquer une intrusion. Une archive peut modifier l’identité d’un suspect. La documentation devient action.

Pourquoi Jacques et Alba ?

La Catalogne racontée ici ne s’arrête pas à la frontière administrative. Les histoires, les familles, les langues et les légendes ont circulé des deux côtés. Deux administrations, deux cultures professionnelles, deux territoires : une seule affaire qui refuse de respecter la ligne dessinée sur une carte.

Et puis il y a la Custodia

La Custodia ne remplace pas l’Histoire réelle. Elle se glisse dans ses interstices : une absence, un déplacement, un document incomplet, un personnage oublié, une transmission clandestine. C’est largement suffisant. Le vrai secret de la documentation ne consiste pas à accumuler des connaissances, mais à sélectionner celles qui provoquent une question.

Ouvrir une nouvelle enquête

Retrouve Jacques Cabregas, Alba Roig et les secrets de la Custodia dans la série Mystères de Catalogne.

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